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La mutation

Affamée de vent, de pluie sur sa peau,

Elle court, à travers la forêt, par monts et par vaux,

A la recherche de l'autre,

Ce faune des bois qu'elle a jadis aimé.

Son regard croise celui d'un loup, non, ce n'est pas toi.

Va t'en!

La blanche dentelle de son corsage, détrempée,

Se plaque à sa peau,

Maigre réconfort.

Ses seins, en éveil, durcissent sous l'effet du froid.

Aliénée, avide d'amour elle court.

A en perdre haleine.

Elle hurle : Faune !

Faune!

Sa peine jaillit.

Source intarissable,

elle pleure par tous les pores de sa peau, blafarde.

Livide, elle s'abandonne au pied d'un arbre,

Géant des marais.

Elle sait maintenant qu'il ne reviendra plus.

Indescriptible chagrin de l'amour perdu.

Lentement, n'écoutant rien, elle pénètre dans l'eau,

visqueuse, glaciale et d'une impénétrable noirceur.

Bientôt ses narines hument la vase,

une truite caresse son orteil.

Elle se laisse emporter.

Et la mutation se produit.

De femme,

Elle devient

Sirène.

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